« On a un pré-inscrit depuis le lancement du projet. Il sera sans doute le premier à voler dans cet appareil. » Michel Grinand, le président de
l'aéro-club de l'Estuaire Saint-Nazaire - Montoir, ne cache pas sa joie. Le
« pré-inscrit », une personne handicapée des membres inférieurs, attend depuis de nombreuses années de pouvoir piloter un avion. Grâce aux élèves du
lycée professionnel des Trois-Rivières à Pontchâteau (Loire-Atlantique), il va pouvoir passer du rêve à la réalité.
Les élèves de Maintenance des systèmes mécaniques et automatisés (
MSMA, transformé depuis la rentrée en Maintenance des équipements industriels), d'électrotechnique, de métallurgie et leurs professeurs n'ont pas compté leurs heures pour faire naître cet avion de tourisme, le
MCR-4S( F-PSNE). Tout le monde, des proviseurs concernés aux chefs de travaux en passant par les professeurs ou les pilotes amateurs, se retrouve dans la petite phrase de René Seigne, le « prof en chef » :
« un projet intéressant mais difficile à réaliser ».
« La preuve que ce lycée a toute sa place »
Et pourtant, depuis 2003 l'idée a germé puis poussé : financements privés et publics ont permis de dénicher les 121 000 € nécessaires, la main-d'oeuvre pleine d'enthousiasme ne s'est pas découragée, des entrepreneurs ont joué le jeu (la peinture est sous-traitée, les pièces et les plans d'assemblage viennent de la société Dynaero).
Pour les élèves, ce projet était inespéré.
« On a travaillé avec des vraies contraintes », souligne timidement l'un d'eux. Hubert Grimaud et Bernard Martienne, deux bénévoles de l'aéro-club, ont glissé leurs ailes sous celles des élèves. Si l'avion est une belle réussite, cet évènement permet aussi à
Bernard Violain, élu régional, président de la commission éducation et enseignement supérieur, de souligner l'importance de l'enseignement professionnel.
« Cet avion est la preuve que ce lycée à toute sa place », répond-il à
Bernard Clouet, le maire de Pontchâteau.
Ce dernier venait tout juste de s'inquiéter :
« 92 % de nos jeunes, dans un secteur géographique pourtant en forte progression, ne trouvent pas de formation de second degré sur notre territoire, est-ce bien normal ? » La Région, par la voix de
M. Violain, invite à
« réfléchir ensemble pour répondre aux exigences portées par les jeunes et pas forcément seulement en terme d'emploi ».
Pour l'Éducation nationale, Omar Haddadi, le proviseur, assure
« que cette réflexion de fond est déjà engagée ». Le secteur « rurbain » de Pontchâteau n'est qu'un exemple parmi d'autres. Ces zones-là garderaient bien de la jeunesse à domicile, quitte à voir leurs établissements scolaires se spécialiser. L'avion ouvre décidément des horizons...
Isabelle GUILLERMIC. (
OUEST FRANCE 13 novembre 2007)