C’est
le lundi 3 juin prochain que, sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, en
présence du général d’armée aérienne Denis Mercier, chef d’état-major de
l’Armée de l’air, l’Armée de l’air célèbrera en grande pompe le 80e
anniversaire de l’une de ses plus prestigieuses unités : le centre d’expériences
aériennes militaires. L’occasion de rappeler les toutes premières années
d’existence de cette célèbre unité et de se remémorer que c’est en Champagne,
plus précisément à Reims, sur la base aérienne 112, qu’elle fut créée, au tout
début des années trente.
Aménagé
au milieu des années vingt pour abriter un régiment d’aviation à trois groupes
(le 12e régiment d’aviation de bombardement de jour, future 12e
escadre de bombardement), l’aérodrome militaire de Reims, entré en service fin
1928 et officiellement dénommé « base aérienne n° 112 » le 1er
avril 1933, voit le 1er juillet de la même année une deuxième unité
prendre ses quartiers sur son sol. Ce jour-là nait en effet le « centre
d’expériences aériennes militaires ».
Signé
du ministre de l’Air, l’arrêté du 26 avril 1933 créant le « CEAM 381 » stipule
que ce centre, rattaché à la 12e escadre de bombardement pour son
administration, sera commandé par un officier général ou supérieur relevant
directement du ministre. Treize appareils seront affectés à ce centre dont les
effectifs provisoires seront de cinq officiers, d’un adjudant-chef, d’un
adjudant, de six sergents-chefs et trois sergents, de seize sergents-chefs
mécaniciens, de cinq caporaux-chefs et caporaux, de cinquante-huit soldats, de dix
pilotes et de sept employés civils.
Quatre
missions sont confiées à la jeune unité :
- fixer
les conditions d’utilisation du matériel en service de manière à en tirer le
meilleur rendement possible au combat ;
- rechercher
par l’expérimentation aérienne l’adaptation permanente de la doctrine d’emploi
tactique des petites unités à l’évolution technique du matériel ;
- contribuer,
en liaison avec les états-majors, à l’élaboration de la doctrine d’emploi
stratégique des forces aériennes ;
- proposer
à l’état-major des améliorations possibles et souhaitables des matériels en
service et aussi des fiches-programmes relatives aux matériels futurs.
Organisé
en escadrilles correspondant chacune à l’une des grandes spécialisations de
l’Armée de l’air naissante – le renseignement, le bombardement et la chasse –,
le CEAM dispose pour sa logistique d’un organisme commun s’appuyant sur les
moyens dont dispose la base aérienne de Reims : la section des moyens
généraux.
Par la
suite seront créées au sein du CEAM une escadrille de vol rasant, une section
d’étude en vol des appareils de radionavigation et une section de détection
électromagnétique ; fin 1934, une section d’autogires Lioré-et-Olivier
C-30 lui sera affectée.
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L’un
des autogires mis en œuvre par le centre d’expériences aériennes militaires,
photographié à l’intérieur de l’un des hangars de la base aérienne 112 de Reims ©Frédéric Lafarge
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Le
centre installera son état-major en ville, rue de Neufchâtel, tandis que ses
avions prendront place sur la base aérienne, à l’intérieur de l’un des hangars
du groupe ouest, le hangar n° 4 (futur hangar HM 7), que ne tardera pas à
libérer la 23e escadrille de chasse de nuit, transférée à Chartres.
Le
choix du terrain d’aviation de Reims s’explique par l’existence d’une
importante place militaire où caserne une unité motorisée : la 1re division
légère mécanique. Par ailleurs, outre le fait d’être située à proximité des
vastes camps militaires de Tahure, de Châlons et de Sissonne, la Cité des
Sacres permet des liaisons faciles avec la capitale, distante de cent quarante
kilomètres seulement. Enfin, la base aérienne est sur le point d’héberger une
escadre de chasse en plus de la 12e escadre de bombardement (la
future 4e escadre aérienne), d’où une possibilité de mise en
application immédiate en unité des méthodes et procédures qui seront élaborées
par le centre d’expériences. Il est à noter qu’un officier de cavalerie de la 1re
DLM, observateur en avion, sera en permanence détaché auprès du CEAM en qualité
d’adjoint au commandant de l’escadrille de renseignement, chargé des liaisons
d’une part avec les unités de cavalerie motorisées ou mécanisées et, d’autre
part, avec celles de chars de combat.
Quelques
années après sa création, parmi les nombreuses missions qui lui incombent, le
CEAM aura à réaliser la « montée météo », vol quotidien consistant à
observer si la structure des systèmes nuageux rencontrés correspond bien à la
prévision météorologique réalisée sous forme de coupe verticale. Le
général de brigade aérienne Marcel Tétu obtiendra à cet effet la mise à
disposition d’un ballon captif qui, installé à quelques kilomètres au nord de
l’aérodrome, sera monté jusqu'à ce qu’il dépasse la couche nuageuse chaque
fois que celle-ci le permettra ; l’avion météorologique pourra alors décoller,
déterminer le sens et la force du vent à diverses altitudes et se servir
de ce point de repère dont la position est parfaitement connue pour faire sa
percée – c'est-à-dire passer sous la couche nuageuse – et rejoindre le terrain.
L’une
des dates marquantes dans l’histoire de la BA 112 sera, le 16 février 1939, l’arrivée
à Reims des deux premiers Curtiss H-75, chasseurs de construction américaine affectés
à l’escadrille SPA 67 du groupe de chasse I/5 (que commande alors le
lieutenant Jean-Mary Accart) ; ils y seront évalués et testés en relation avec
les spécialistes du centre d’expériences aériennes militaire dans le but
d’établir le manuel d’utilisation de cet avion dont l’Armée de l’air attend
beaucoup et qui, d’ici à l’été, aura totalement équipé les huit escadrilles composant
les 5e et 4e escadres aériennes stationnées à Reims.
A la
déclaration de guerre, le centre d’expériences aériennes militaires (qui, à lui
seul, aura en compte, à cette date, plus d’une cinquantaine d’appareils), se
repliera sur la base aérienne 123 d’Orléans-Bricy.
Auteur :
Frédéric Lafarge, ancien conservateur du Musée de la BA 112 et de
l’Aéronautique locale (Reims), chargé de relations publiques et délégué au
patrimoine historique de la base aérienne 102 « Capitaine Georges
Guynemer » de Dijon. Mai 2013.









